Un jour, quelqu’un m’a fait remarquer que je ne donnais pas l’air de défendre à fond les groupes dont je parle dans mes chroniques. C’est donc comme ça que je me suis demandé quel artiste je défendrais sans fléchir. Je crois que commencer par celui dont je possède tous les albums est un bon début.

Quand on me demande quel est mon artiste préféré, les gens ne comprennent pas. “Quoi, t’aimes Bjork ?” “Non, c’est Brant Bjork, rien à voir…” Oui, rien à voir. L’une vient du froid, des fjords, de la neige ; l’autre de la chaleur, du désert, du sable. Mais replaçons un peu le contexte.

Vous prenez Kyuss -”Qui ça ?”- Bon vous prenez les Queens of the Stone Age. Il a un guitariste/leader roux (pas de chance) qui s’appelle Josh Homme. Bien. Vous le prenez il y a quelques années, disons dans les années 90. Il faisait partie d’un groupe mythique, légendaire (”Qui envoyait du fat paté ?” “Oui mon petit, qui envoyait du fat paté”) : Kyuss. A la fois influencé par les groupes psychédéliques des années 60 et 70 comme Blue Cheer et par les sons plus lourds de Black Sabbath, ce groupe a créé un genre  dont le nom (le stoner rock) décrit assez bien la musique finalement : c’est lourd, ça tourne dans tous les sens, ça étourdit. “Greatest band ever”, on vous dit.

Maintenant prenez le batteur de groupe, ou du moins le premier batteur. On a notre homme. Brant Bjork. Nous sommes en 1994 et Brant Bjork vient de quitter Kyuss après avoir enregistré (Welcome To) Sky Valley. Pendant plusieurs années, il file des coups de main à droite à gauche (notamment pour ses amis de Fu Manchu, pour Fatso Jetson, etc.) mais on sent qu’il n’est pas entièrement satisfait. Ce qu’il veut c’est tout faire, de A à Z. C’est ainsi qu’en 1999 naissait Jalamanta.

Notez que pour le 10e anniversaire de l’album, celui-ci a fait l’objet d’une réédition vinyl l’année dernière, avec, je crois, une reprise de Blue Oyster Cult en guise de bonus. Mais vous devez pouvoir trouver ça sur Internet, les enfants.

Enregistré au Rancho de la Luna, dans son Palm Desert californien natal, pour le label aujourd’hui défunt Man’s Ruin, avant d’être réédité sur le propre label de Brant Bjork, Duna Records (lui même décédé et remplacé par LowDesertPunk), Jalamanta est véritablement l’œuvre de l’ancien batteur qui en a même réalisé la pochette (celle que vous voyez ci-dessus). Il est bien sûr entouré d’amis (Mario Lalli de Fatso Jetson , à la guitare et au chant sur Toot) mais on peut dire que c’est son bébé. Mais justement, à quoi il ressemble ce bébé ?

Pour commencer, disons simplement que c’est une combinaison unique, originale de différents styles très variés : du jazz pour la structure de certains morceaux, du rock et du punk (étant né en 1973, BB était un teenager lors de l’explosion de la scène punk hardcore au début des années 80), de la world music, et j’en passe. En toute simplicité. Le plus intéressant, c’est que la résultat est unique et retranscrit le paysage désertique. Ça sent le sable chaud, mais pas comme à la plage, il n’y a pas cette petite brise maritime pour nous rafraichir. Il n’y a que le soleil, lourd, implacable. Pour peu, on oublierait qu’on est à Cergy, que c’est gris et qu’il fait froid.

Je pense notamment à des morceaux comme Sun Brother ou Defender of the Oleander. Ça sent l’après-midi d’été à 40°, le soleil filtré à travers les persiennes. Chaque morceau est construit autour d’un thème, d’une phrase musicale entêtant, qui se répète, qui nous hypnotise (Cobra Jab, que je n’ai bien évidemment pas trouvé sur YouTube). Ça nous entraine sans que l’on se rende vraiment compte, et on se laisse faire, on se laisse étourdir. On accélère sur Too Many Chiefs… Not Enough Indians ou Low Desert Punk. On file à travers le désert à toute vitesse à bord d’une vieille Cadillac (ou d’une Pontiac d’ailleurs, de toute façon je n’y connais rien).

Et puis rapidement c’est déjà le soir. On profite de l’air qui se rafraichit à mesure que le soleil se couche. Sur le ciel qui se teinte de pourpre, de rouge, d’orange et de jaune se découpent les ombres des cactus géants et des palmiers biscornus. On est sur le perron et on profite du calme, de la solitude. C’est Waiting for the Coconut to Drop.

Le temps d’un dernier Indio , on rentre et on va se coucher, l’esprit serein.

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