
“Ce jour-là, j’ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s’en trouverait changée. Mais rien de cette nature n’est définitivement acquis. Comme une eau, le monde nous traverse et pour un temps nous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide que l’on porte en soi(…) ” (Nicolas Bouvier – L’usage du monde).
Ederlezi est une de ces choses qui à jamais nous traverse et nous transforme à la première écoute. Mais comment l’expliquer ? Doit-on l’expliquer ? Pour cela c’est la magie toute entière des peuples Roms, leurs danses et leurs chants, les coutumes et les sourires de ces peuples, leurs douleurs et leurs peines qu’il faudrait décrire. Il serait plus sage que vous preniez vous-même la route.
Mais chaque chanson a son histoire, et c’est bien la part objective, si infime dans sa puissance, qu’il me reste à vous livrer… Ederlezi est née dans les Balkans parmi les peuples tziganes qui habitent ces contrées. Mais personne ne sait à qui en revient la paternité. Ce qui reste certain, c’est qu’elle apparaît sur la bande originale du film d’Emir Kusturica Le Temps des Gitans en 1988. Parfois présentée comme traditionnelle, parfois entièrement attribuée à Goran Bregovic, auteur de la version délivrée dans ce film –chef d’œuvre s’il en est - qui demanda à Vaska Jankosvka d’y prêter sa voix. Et quelle voix ! Tout à la fois claire et tremblante, bouleversée mais fière, elle nous narre l’histoire d’un jeune musicien contraint de rester chez lui tandis que dehors sa communauté fête comme il se doit l’Ederlezi, la fête serbe de la Saint George, annonçant la victoire du Printemps sur le rude Hiver des Balkans. Hymne à la joie, mais aussi prière à ceux que le froid a retenu à jamais. Ainsi s’affrontent, ou plutôt s’accouplent la chaleur des cuivres et chœurs masculins et les trémolos glacés des plaintes féminines. Bouleversant.
Et si jamais nous venions à nous dévêtir de nos certitudes occidentales, et que nous prêtions oreille aux lointaines légendes anatoliennes, nous apprendrions qu’Ederlezi vient du turc Hidirellez , combinaison des noms de deux amis et prophètes : Hizir, protecteur des plantes et des gens pauvres, apportant l’abondance, et Ilyas, protecteur des eaux et des animaux, redonnant la santé à ceux qu’il croise. C’est donc pendant la nuit de l’Ederlezi qu’il est recommandé d’adresser ses vœux les plus chers, ils seront à coup sûr honorés. En attendant le soleil, le Shamrock vous souhaite les siens pour cette nouvelle année. Laissez-vous porter.












Pascal, j’avais pas vu que t’avais écrit la dessus, mais nom de dieu, t’as foutument bien fait !
C’est vraiment une chanson magnifique que nous fait connaitre ici Goran Bregovic, car je n’ai pas la chance d’en connaitre une autre version.
L’émotion que provoque cette chanson devrait servir de preuve que la musique n’est pas qu’une bruit commercialisé et préformaté, malgré la tendance un peu navrante du marché actuel.
A bon entendeur, salut.